Le Management : définition et historique

1. Introduction

Le management d’une entreprise est la mise en place des moyens humains et matériels pour atteindre ses objectifs. Il est lié à l’idée de gestion et de pilotage  réalisé au sein de l’entreprise ou une partie unitaire de celle-ci. Lorsqu’il est associé à l’entreprise toute entière on peut en général le lier à la fonction de direction. Le management sera présenté ici dans sa version prédominante, d’autres formes existent spécialement dans les approches en gouvernance partagée.

Le management consiste à:

-définir des objectifs (stratégiques et opérationnels),

-chercher les moyens pour les atteindre,

-exploiter ces moyens (recherche d’efficience),

-contrôler cette exploitation et les résultats obtenus,

-établir une régulation à partir de ce contrôle (Gouvernance).

Il contient une dimension technique ( essentiellement liée à la comptabilité analytique et aux méthodes de contrôle de gestion qui servent à optimiser les ressources) et une dimension humaine (liée au besoin d’obtenir la motivation et la collaboration des différents membres qui constituent l’organisation).

Le management exprime aussi les responsables de la fonction de management (à plusieurs niveaux dans l’entreprise).

Les modes de pratique de management sont extrêmement différentes selon la dimension du groupe, moins de 15 collaborateurs ou plus d’une vingtaine :

– Moins de 15 collaborateurs (groupe appelé « primaire ») : il s’agit du management d’équipe qui s’inspire de la psychosociologie ;

– Plus de 20 coopérants (groupe appelé « secondaire ») : il s’agit du management d’entreprise qui s’inspire de la sociologie des organisations.

Suivant l’emplacement hiérarchique et la dimension temporelle de l’application, on peut distinguer le management stratégique, dans de la direction, dont les décisions peuvent être exécutées à long terme et le management opérationnel, dans les équipes d’exécution, dont les décisions s’exécutent à court terme.

Le management d’une des fonctions de l’entreprise représente la méthodologie qu’on peut appliquer au niveau de cette fonction, tel que:

Le management de l’innovation, des connaissances, des opérations, des ressources humaines, de la qualité, de la R&D, des risques, du système d’information, et le marketing management.

2. Étymologie

« Manus = main et agere = agir », c’est donc la main et l’action. L’usage actuel en français du terme « management » est un usage direct du terme anglophone « management ».

Management ou gestion ?

les lexiques management et gestion ne sont pas exactement synonymes en France, comme parait le présenter les titres de manuels utilisés au quotidien :

– management signifie plutôt les pratiques et les savoir-faire liés à l’organisation du travail et aux relations humaines, avec un aspect collectif : management stratégique, management de projet, management participatif..etc.

– gestion signifie, généralement, plutôt les techniques de conduite des affaires quantitativement, avec un principe d’efficacité ou d’efficience : gestion comptable, gestion de patrimoine, contrôle de gestion..etc.

3. Origines du management

Selon la définition du sociologue et historien Johann Chapoutot, le management moderne est très lié à l’idéologie nazie et en particulier aux idéaux de dépassement de soi-même et de mise en concurrence des acteurs. Sa théorie est basée sur le parcours de Reinhard Höhn, embauché après-guerre à la formation d’environ de 500 000 cadres en Allemagne de l’ouest entre les années 1950 et 1970.

4. Statut épistémologique et bidimensionnalité

a) Statut épistémologique

Le principe de management définit des méthodes d’organisation et de gestion. L’interrogation qui concerne l’aspect de cette discipline conduit à prendre en compte deux dimensions : l’une dirigée vers la gestion de l’ensemble d’une unité (management stratégique et opérationnel) et l’autre basée sur la gestion d’une équipe de collaborateurs qui doivent travailler ensemble (management d’équipe).

b) Deux dimensions

Le concept de management est un concept bidimensionnel. Depuis que Elton Mayo, ensuite Rensis Likert, ensuite Robert Blake et Jane Mouton ont défini puis formalisé dans les années 1960 les deux dimensions du leadership et par correspondance les trois dimensions du comportement au travail à prendre en compte par le management, on doit savoir que le management comme un concept possède deux dimensions différentes : une dimension technique basée sur l’optimisation des ressources et une dimension proprement humaine.

5. Différents types de management

a) Management collaboratif

C’est une nouvelle modalité de management récente de plus en plus utilisée dans les entreprises, en particulier celles qui ont le statut de « start-up », qui réfuse les codes et l’organisation hiérarchique de type pyramidal en partant du principe que les opinions et les connaissances des éléments d’une équipe sont intéressants.

Cette catégorie de management met le salarié au cœur de l’entreprise pour passer vers une procédure de complémentarité et d’apport de valeur efficace.

Cette méthodologie de management horizontal qui est remarquablement nouvelle, inspirée des start-ups techs de la Silicon Valley, et qui change totalement les méthodologies de management traditionnelles, commence à être approuvée par de grands groupes, comme Spotify. Elle est caractérisée généralement par une conception en méthodes agiles.

b) Management constitutionnel

Anthony J. Evans crée un parallèle entre le travail des états et celui des entreprises. Elle note que si à l’instant où la structure de pouvoir d’un état réfléchit et fonde sa constitution sont plus ou moins rares, il n’en est pas aussi des entreprises.

Elle considère qu’il faut considérer trois paliers de prise de décision :

  • les décisions opérationnelles,
  • les décisions institutionnelles,
  • et les décisions constitutionnelles.

Les décisions constitutionnelles sont celles qui précisent comment sera faite la prise des décisions, c’est pour ça elles sont la base des deux autres.

c) Management cellulaire

On parle ici d’une façon de gérer une entreprise sans aucune hiérarchie. C’est un management sans managers tout court. Tous les employés sont sur la même échelle. On mène les compagnes de recrutement collaborativement et on choisit une personne qui sera nommée par l’équipe en qualité de référent. Cette nouvelle tendance de management permettrait notamment aux employés d’apprendre de nouveaux concepts en matière de responsabilisation et prise d’initiative.

6. Management vs. leadership et manager vs. Leader

Les termes « management » et « leadership » maintiennent une relation d’énantiosémie, c’est-à-dire une catégorie linguistique particulière et unique de termes qui sont synonymes, ou bien au contraire antonymes (selon le contexte).

Dans les expressions suivantes par exemple: « Styles de management », « styles de leadership », « styles de commandement » ils sont synonymes. Employés « absolument », ça veut dire seuls, ou employés de cette façon : « manager » et « leader ».

a) Management comparé au leadership

Voici comment John Kotter compare le management au leadership :

ActivitéManagementLeadership
1. Création d’un calendrier
Planification et budgétisation

Indique la direction

2. Création d’un réseau humain
Organisation et recrutement


Coopération et coalition

3. Exécution
Contrôle et résolution de problème

Motive et inspire

4. Résultats
Production des résultats espérés
Produit du changement

b) Managers opposés aux leaders

L’opposition entre managers et leaders est exprimée par Warren Bennis.

Le manager

Le leader

Le manager administre

Le leader innove

Le manager est une copie

Le leader est un original

Le manager gère les affaires courantes

Le leader développe des innovations

Le manager se concentre sur les systèmes et les structures

Le leader se concentre sur les hommes

Le manager use du commandement

Le leader inspire la confiance

Le manager a une vue à court terme

Le leader a une perspective à long terme

Le manager demande comment et quand

Le leader demande quoi et pourquoi

Le manager garde un œil fixé sur les résultats

Le leader garde un œil fixé sur l’horizon

Le manager imite

Le leader crée

Le manager accepte le statu quo

Le leader le défie

Le manager est l’image classique du bon soldat

Le leader est lui-même

Le manager fait ce qu’il doit faire
Le leader fait ce qu’il faut faire

7. Histoire du management

Même si le contrôle des actions collectives existe depuis que les hommes vivent dans le cadre de la société, la formalisation du management est plus ou moins récente.

Elle a commencé entre 1880 et 1920, avec l’apparition du nouveau statut dirigeant-salarié. Jusque-là, depuis la révolution industrielle, les dirigeants étaient essentiellement des entrepreneurs ou leurs héritiers.

Juste avant la fin du XIXème siècle, Frederick Taylor  a proposé le concept d’organisation scientifique du travail. Ce principe se base sur la défragmentation de travail en tâches élémentaires chronométrés et organisés d’une manière rationnelle pour établir les chaînes de production.

Maintenant, on définit plutôt ces notations sous le nom « PODC » : « Planifier, Organiser, Diriger et Contrôler ».

Après les années 1930, avec également les travaux d’Elton Mayo, le management s’influence par la psychologie en prenant en compte l’effet Hawthorne (effet psychologique d’être sujet d’une attention particulière). Pendant les années 1950, les efforts de Douglas McGregor en psychologie sociale qui propose ses théorie X et théorie Y sur les motivations des collaborateurs et des organisations.

a) Frederick Taylor

En 1911, Frederick Taylor a fondé le concept d’organisation scientifique du travail pour bien évidemment développer la productivité dans les usines, notamment pour l’utilisation des machines-outils. Une fois qu’on a obtenu la procédure optimale (Taylor l’appelle one best way), on commence à l’apprendre à tous les employés. Il s’agit ici d’une division verticale de travail, c’est-à-dire séparer entre la conception et l’exécution des tâches.

Cette division n’est pas comme la division horizontale du travail, cette dernière consiste à spécialiser les employés sur des tâches bien déterminées.

b) Henry Ford

En 1912, influencé par l’organisation de travail dans un abattoir de Chicago, Henry Ford qui était déjà un entrepreneur décide de fusionner la séparation entre la conception et l’exécution des tâches – méthode de Taylor – avec la spécialisation intensive des tâches, issue d’Adam Smith: C’est la naissance du travail à la chaîne que vous connaissez.

L’appauvrissement de la qualification qui est provoqué par cette nouvelle organisation de travail rend Ford fortement obligé d’augmenter hautement les salaires pour pouvoir attirer les mains d’œuvre.

c) Henri Fayol

En 1916, Henri Fayol, ancien directeur général d’une entreprise, présente le management (qu’il nomme « fonction administrative » ou « administration ») comme une fonction transversale qui regroupe cinq grandes tâches :

– Activité technique : production, transformation et fabrication;

– Activité commerciale : achat, vente et échange;

– Activité financière : rechercher et utiliser les capitaux de manière optimale;

– Activité de sécurité : protection les humains et les biens et mise en place des bonnes conditions de travail

– Activité comptable : calcul des paiements et des statistiques.

La « fonction administrative » est résumée par Fayol par cinq infinitifs « POCCC » : Prévoir, Organiser, Commander, Coordonner, Contrôler.

Ces principes de management ont notamment été repris et synthétisés par les experts de Qualité sous l’acronyme « PODC » qu’on a cité précédemment.

8. Sources du management

Le management comme étant le conducteur de l’action collective s’inspire de plusieurs sources de connaissance :

  • La psychologie, à travers l’école des relations humaines ( on peut citer Elton Mayo ou Abraham Maslow) et des travaux s’occupant du comportement organisationnel.
  • La sociologie, et particulièrement la sociologie des organisations (on peut citer Max Weber ou Michel Crozier).
  • La théorie des organisations (on peut citer Herbert Simon, James March, Peter Drucker ou Henry Mintzberg).
  • La microéconomie (on peut citer par exemple les travaux de Albert Hirschman).

a) Comportement organisationnel

Généralement, les recherches réalisées dans le domaine de management les plus proches de la psychologie sont unifiées sous le nom « comportement organisationnel » et s’intéressent de la motivation et l’autorité.

À partir des années 1920, Mary Parker Follett ajoute le côté humain dans le processus managérial.

Aux années 1930, Elton Mayo, a défini l’effet Hawthorne « être l’objet d’une attention spéciale influe significativement sur le comportement des individus au travail ».

Aux années 1940, pour bien comprendre la motivation des individus au travail, Abraham Maslow a représenté hiérarchiquement les besoins humains. Il a défini cinq niveaux de besoins, chaque niveau apparaît suite à la satisfaction de son prédecesseur :

– niveau des besoins physiologiques

– niveau des besoins de sécurité

– niveau des besoins sociaux ou d’appartenance

– niveau des besoins d’estime

– niveau des besoins d’accomplissement de soi

b) Sociologie des organisations

La sociologie des organisations est une filiale de la sociologie. Cette dernière étudie bien évidemment comment se fait l’établissement et la coordination des activités collectives organisées et ce par l’intermédiaire des acteurs de l’organisation (les membres).

On peut la définir aussi comme une science sociale qui étudie des entités spéciales qu’on les nomme organisations, aussi bien que leurs modalités de gouvernance et interactions avec leur entourage, et qui applique les méthodes sociologiques à l’étude de ces entités. Elle intervient remarquablement aux sciences du management.

Elle regroupe plusieurs disciplines, tels que le management bien évidemment, l’économie des organisations et la théorie des organisations.

c) Théorie des organisations

La théorie des organisations (Organizational theory) est une discipline qui s’occupe des organisations, en prenant compte toutes leurs diversités (entreprise, hôpital, administration…) pour en étudier le mécanisme de fonctionnement, la structure globale et le développement et ce pour une compréhension plus approfondie.

La discipline est située dans l’intersection entre l’économie (y compris le management), la sociologie (des organisations), et la science politique.

Et on peut considérer que les thèmes principaux de cette discipline sont : le pouvoir (l’autorité), les relations et/ou rapports sociaux, l’analyse des configurations prises en charge et la communication à l’intérieur des groupes.

d) Microéconomie

L’économie des organisations exerce des efforts importants pour relier celles-ci avec l’économie générale. Le point de départ de la microéconomie est l’analyse des marchés ainsi que les études de marché dont elle déduit des fonctions mathématiques.

Elle se situe essentiellement à l’extérieur de l’entreprise qui ne représente qu’un acteur du marché qui quant à lui est l’inverse de l’intention managériale.

La microéconomie reste encore un outil pour les très grandes entreprises et les états qui cherchent à faire des études précises à partir de l’étude de marché.

9. Fonctions du management

C’est Fayol, qui a fondé la décomposition de la fonction administrative (le management) en « éléments » qui ont par la suite été appelés « fonctions » du management qu’on doit bien distinguer des diverses fonctions de l’entreprise (service de production, srvice commercial, service financier, service de GRH…).

10. Relation entre le management et d’autres concepts managérials

a) Management et stratégie

La stratégie d’entreprise est le choix de démarche de long terme de l’entreprise et des fonctions qui lui permettent de se cohabiter avec son environnement. Elle représente ainsi la technique d’orienter l’organisation et les hommes de l’entreprise par le biais d’un processus extérieur de long terme.

La définition d’une stratégie c’est la détermination des buts et des objectifs à suivre, ainsi que le choix des actions à mettre en place et les ressources à mobiliser.

La prise de décision est située pratiquement entre une étape de diagnostic qui le précède et une étape de mise en œuvre qui en résulte. La stratégie peut être résumée sur deux volets : la formulation stratégique et le management stratégique.

b) Management et gouvernance

La gouvernance est le groupe de processus qui assurent l’alignement de la vérité de fonctionnement de l’organisation sur les objectifs qui lui sont prévus.

Les estimations des parties prenantes et les défis relatifs aux objectifs à affecter à l’organisation peuvent se dérouler à l’extérieur des structures classiques de gouvernance (assemblée générale, conseil d’administration et direction générale). C’est dans cette direction que la construction par l’intermédiaire du management des structures de gouvernance est relativement complexe.

L’entreprise assume sa responsabilité en prenant les décisions et mettant œuvre les actions nécessaires. Mais cette responsabilité doit comme même être visible par les informations que l’entreprise fournit aux différentes parties prenantes.

c) Management et système d’information

La gestion de l’organisation de l’entreprise est l’un des objectifs visés par le management afin de créer des synergies par un tel alignement stratégique. On peut atteindre cet objectif, mais pour ce fait il est indispensable de coordiner les flux physiques et les flux immatériels dans l’entreprise.

Les flux physiques (matériels) sont généralement gérés par le service logistique. Les flux d’informations (immatériels) sont gérés par la direction des systèmes d’information (DSI) qui est responsable du management du système d’information et qui assure son urbanisation.

Le management de système d’information est la gestion de données (ressources) numériques. Parmi les outils des services informatiques utilisés dans les grandes entreprises, les ERP (Enterprise Ressource Planning) ou PGI (Progiciel de gestion intégré), qui jouent un rôle primordial dans le management global de l’entreprise.

d) Management et finance

Dans la gestion, la finance est une discipline de management dont l’objet se caractérise stratégiquement par une recherche d’optimisation de la valeur de l’entreprise et ainsi spécialement de l’intérêt des apporteurs de capitaux.

Cette classification, vis à vis les autres domaines de management, permet à la finance par l’utilisation de postulats bien définis (HEM par exemple…) de pouvoir prendre des décisions en utilisant des modèles très mathématisés et donc utilisés fréquemment à moindre coût, tout en gardant un niveau de pertinence supérieur.

La finance comportementale rend ce point relatif par la remarque d’existance des intermédiaires cognitives. Ce qui caractérise aussi pratiquement la finance des autres outils de management est le fait qu’elle tend à donner une information guidée non pas automatiquement à l’interne, mais plutôt vers quelques parties prenantes au niveau de la gouvernance d’entreprise.

11. Références

G. Bressy et C. Konkuyt, Management et économie des entreprises, Paris, Dalloz, 12ième ed. 2018, p 100 à 128

Nicole Aubert, Jean-Pierre Gruère, Jak Jabes, Hervé Larocheet Sandra Enlart-Bellier, Management (9e édition), Paris, PUF,, 656 p.

François Fourcade, Contrôle de gestion et pilotage de la performance (3ème édition), Paris, Gualino, , 403 p.

Nicole Aubert et coauteurs : Management, Aspects humains et Organisationnels

Bressy G. et Konkuyt C., Management et économie des entreprises, Paris, Dalloz, 12ème édition, 2018, juillet 2018, 576 p, chapitres 9,10 et 11

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